Marat-Sade est une pièce de théâtre allemande en deux actes de Peter Weiss publiée en 1963 et traduite en français par Jean Baudrillard en 1965. Le titre exact de la pièce est La Persécution et l’Assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade, en allemand Die Verfolgung und Ermordung Jean Paul Marats dargestellt durch die Schauspielgruppe des Hospizes zu Charenton unter Anleitung des Herrn de Sade.

 

Je ne peux pas vraiment dire que je sois tombé sur Marat-Sade par hasard. Etant un féru des travaux sociologiques de Jean Baudrillard, je m’étais résolu à lire à peu prêt tout ce que l’homme avait produit. Aussi, je me suis intéressé à certaines traductions qu’il avait fourni. Une de celles qui m’avait échappé jusque là était Marat-Sade. Je savais qu’il s’agissait d’une oeuvre politiquement engagée qui avait été traduite par Jean Baudrillard, et je savais que le discours qui allait se dégager de l’oeuvre résonnerait avec l’idéologie de Jean Baudrillard. Et je n’ai pas été déçu.

 

Marat-Sade a été une claque. Pour résumer les choses, et bien qu’il soit particulièrement difficile de le faire et ce quelque soit l’oeuvre en question, Marat-Sade chie à la gueule de l’establishment, et ce avec une élégance rare. De plus, elle y arrive tant par les idées qu’elle essaye de transmettre que par son discours et sa mise en scène.

 

La pièce ressemble au prime abord à un énorme carnaval de personnages plus tordus les uns que les autres. L’action prends place dans un hospice (lire asile) dont le directeur, monsieur Coulmier, a demandé à l’un de ces pensionnaires, Monsieur de Sade, d’écrire et de réaliser une pièce de son invention, en utilisant les autres pensionnaires comme acteurs. Nous nous retrouvons ainsi face à une narration à doubles niveaux avec une mise en abîme représentée par le principe de la pièce dans la pièce. Le public se retrouve à regarder la pièce écrite par Monsieur de Sade, et ce en même temps qu’elle est présentée au public à l’intérieur de la pièce.

 

Marat-Sade se caractérise par une vive critique de la société, et ce à plusieurs niveaux. La pièce a pour ambition de lever le voile sur plusieurs réalités sociales, et ce tout en ne lésinant pas sur l’absurde qui sera retourné à plusieurs reprises contre le spectateur pour l’aider à remettre en cause ses certitudes et ce qu’il pense savoir.

 

Peter Weiss utilise tous les outils afin de dérouter son public et lui faire prendre conscience. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce discours, c’est cette déconstruction de l’édifice social par des fous et des acteurs, car eux peuvent voir au-delà de la réalité.

 

Marat-Sade est indubitablement une oeuvre transgressive et obscène, qui déroute les abrutis, froisse les délicats et secoue les mous, ceux qui refusent d’ouvrir les yeux ou qui ne veulent pas se remettre en question. Le public est contraint de regarder la vérité nue en face. On est pas scandalisé par ce que l’on lit, mais par ce que l’on nous dit : les inégalités sociales, l’illusion de l’égalité et de la fraternité, les idéaux qui ont été détournés au profit des puissants et du capital, etc.

 

La chose la plus poignante au final suite à la lecture de la pièce de Peter Weiss est de se rendre compte que les sujets abordés sont toujours d’actualité. La question de l’aliénation, et l’idée de représenter les déviances sociales et idéologiques sous les traits de la folie (et donc d’en faire le parallèle de manière sous-jacente), c’est notre quotidien. Les problématiques concernant les relations de domination entre les riches et les pauvres également. De même pour de nombreux autres sujets, et ce jusqu’au combat entre la censure de la norme et la libre expression de l’artiste.

 

Marat-Sade est donc au final plus qu’une pièce de théâtre, c’est un pamphlet politique courageux, lucide et engagé.

 

Gaëtan Jacquemin est un écrivain et game-designer à Six Sens.