/!\ Ayant lue la version originale anglophone, je ne mettrai que des extraits en anglais. Il est bien sûr possible pour les non-anglophones de lire une traduction française, mais n’en ayant pas lu et considérant une traduction comme une oeuvre à part entière, je ne peux pas parler de cette dernière.

Je n’aime pas les critiques d’oeuvres qui commencent par parler de l’auteur, comme on nous apprend à le faire en commentaire de texte durant notre plus-ou-moins long parcours d’études. Même si je conçois (parfois) l’intérêt de connaître le parcours d’un écrivain pour mieux comprendre son oeuvre, c’est pour moi loin d’être primordial. Alors je ne serai pas suffisamment prétentieuse pour vous raconter toute la vie de celui ci, ni pour vous raconter toutes les intentions qu’il essaye de mettre dans ses livres. Seulement ce que j’en ai ressenti.

Et tout ce que je peux vous dire sur Nick Hornby, c’est que c’est un écrivain anglophone dont je possède trois de ses œuvres dont une qui m’a suffisamment intéressée pour que je vous en parles.

Je ne suis pas non plus convaincue par commencer par parler du scénario, mais dans le cas de “A long way down”, la situation de départ est ce qui m’a attirée en premier lieu. Ce livre, c’est quatre personnages. Quatre personnes qui n’ont à priori rien en commun : milieux sociaux différents, tempéraments très éloignés, des rêves qui n’ont rien à voir et une autre vision de la vie.

Ces quatre personnes que pourtant rien ne relie vont se rencontrer, en haut d’un des plus hauts immeubles de la ville, quelques minutes avant la nouvelle année. La seule chose qui les réunie : leur mal-être, qui là encore a des causes et des justifications très différentes. Ils vont se rendre compte que ce qu’ils pensaient faire cette nuit là dans l’intimité est beaucoup plus dur à réaliser quand trois autres personnes sont là et attendent que tu saute le premier.

Après ce constat de départ, le scénario est superficiel et ne sert que d’excuse à parler des personnages et de leur relation. Après cette nuit (où vous vous doutez bien, personne ne saute), ces quatre personnes semblent liées par un lien invisible. Une sorte de promesse, de devoir qu’ils n’ont jamais évoqué à voix haute, comme si ils étaient quatre à se comprendre et le reste du monde était à part.

“When you’re sad–like really sad–you only want to be with other people who are sad.”

Ne vous méprenez pas, ils ne deviennent pas amis. Ils ne s’aiment pas. Un lien d’affection se créé légèrement entre deux des personnages, mais rien de plus. Et c’est là la force du livre.

Il est clair que les personnages ne s’entendent pas. Le livre est raconté sous les points de vue de chaque personnage, changeant à chaque “chapitre” (bien qu’il n’y ai aucun chapitre de mentionné, seulement le changement de point de vue), ce qui nous permet de connaître les pensées de chacun. Et nous savons que si ils le pouvaient, ils n’auraient aucun contacts. Mais pourquoi est-ce qu’ils se sentent obligés d’en avoir ?

“A long way down” est un livre parlant de l’humain et du groupe. Comme un groupe peut se former dans des circonstances de crise, comme la seule chose qui les réunie est cet instant partagé, quelques minutes avant la nouvelle année, un moment d’entre deux.

J’aime l’humain. J’aime l’étudier et étudier ses relations, et c’est pour quoi ce livre m’a énormément plu. Nick Hornby n’en fait jamais trop, ses discussions et événements sont réalistes et c’est très intéressant de voir ces personnages et surtout ce groupe évoluer au fil du temps.

Bien que le groupe ait une place importante dans ce livre, un des autres points clés est le sentiment de tristesse, de désespoir que l’auteur décrit à plusieurs reprises, sous chaque point de vue, et qui est toujours très bien amené. Les descriptions sont claires et plus justes que beaucoup d’autres romans qui se veulent dramatiques et plein d’effets de style. Je pense que c’est ce qui me plaît dans ce livre, tout est très terre à terre est juste.

“A man who wants to die feels angry and full of life and desperate and bored and exhausted, all at the same time; he wants to fight everyone, and he wants to curl up in a ball and hide in a cupboard somewhere. He wants to say sorry to everyone, and he wants everyone to know just how badly they’ve all let him down.”

Le sujet du suicide est abordé tout du long avec beaucoup de délicatesse mais sans le traiter comme un sujet tabou. Au contraire, tous les personnages en parlent librement.

Au final, l’écriture est très bien menée. Les personnages sont clairement reconnaissables, avec leurs façons de parler et leurs pensées très différentes les uns des autres. Toutes les réflexions sociologiques des personnages sont très bien intégrées et ne rendent pas la lecture lourde ou difficile d’accès.

Un livre que je recommande donc, en version anglaise originale pour ceux qui peuvent et même en traduction pour les autres, bien que je ne sache pas de quelle qualité elle est.

“Telling me I can do anything I want is like pulling the plug out of the bath and then telling the water it can go anywhere it wants. Try it, and see what happens.”

Artiste multi-disciplinaire, Léa charrié s’intéresse à toute sorte d’art et s’essaye parfois à en parler dans des articles.