Un des textes écrit lors de notre atelier d’écriture le 16 à l’occasion du festival Aiguelongue se la joue ! Merci à Elizabeth Doria de nous l’avoir transmis.

 

Ceci est, métaphoriquement, une bouteille à la mer.

Je m’adresse ici à tout.e être, créature ou entité, vivante ou non, matériel.le ou non, qui serait en capacité de répondre à mes interrogations.

Ce texte sera reproduit en plusieurs exemplaires, certains écrits, d’autres oraux, tout en sachant que l’entité à laquelle je m’adresse n’est pas limitée par le langage et en espérant qu’elle comprendra le mien.

Ces exemplaires seront disséminés en différents lieux, lesquels seront le plus éloignés possible de toute société humaine.

Si une quelconque créature a effectivement une réponse à me donner, qu’elle use de tout moyen qu’elle jugera approprié pour me la transmettre.

Ma question est simple à formuler mais complexe à appréhender dans toute son envergure :

Que sommes-nous ? Ou même, sommes-nous ?

Je m’explique :

Je suis un.e être humain.e. En tant que tel.le, j’ai grandi et été élevé.e dans une société, un contexte particulier, aux mœurs particulières. Mon caractère est la résultante de mon éducation, de mon vécu, de ce que je connais, de ce qu’on m’a présenté.e comme bon. Mes identités, mes définitions, mes constructions, mes préjugés, sont issu.es de mes représentations du monde.

Je peux évoluer. Je peux progresser. Je peux déconstruire mes préconçus et analyser mes ressentis.

Mais suis-je libre ?

Les sciences sociales m’ont appris que mes opinions politiques, mon identité de genre, mon orientation sexuelle, même mes goûts esthétiques et culinaires sont des constructs sociaux.

Mais si on enlève la SOCIÉTÉ qu’est-ce qui me reste ?

Je ne crois ni en l’âme ni en l’essence. Je crois au déterminisme, bien plus social que biologique. Ai-je une quelconque permanence ?

On a toujours envisagé d’expérimenter en privant des enfants de toute influence extérieure mais l’humain.e étant ce qu’iel est, on ne pourrait tirer aucune conclusions d’êtres élevé.es de cette manière et on ne pourrait certainement pas établir une quelconque forme de communication avec.

Quelle est ma NATURE ? Est-ce qu’elle existe ?

Ou est-ce que nous ne sommes tous que des fragments de chair à modeler malaxés maçonnés et repétris par tout ce qu’on a fait de nous ? Est-ce que se déconstruire ce n’est que se remodeler sous une autre forme ? Est-ce qu’avec l’effort et l’acharnement qu’il faut je peux tout détruire de moi et devenir une autre personne qui n’aura plus rien de commun avec mon passé ?

Ou est-ce qu’il restera toujours quelque chose qui fait que moi est moi ?

Est-ce que quelqu’un.e peut me répondre ?

Je connais la forme actuelle de l’édifice du moi. Je pense percevoir assez bien mes conditionnements, mes forces et faiblesses.

Dois-je tout interroger ? Dois-je tout mettre à bas ? Puis-je seulement le faire ?

Je suis un golem, une créature façonnée par le ressac et les embruns du monde agité autour de moi. Ce golem sait que son front porte inscrites, gravées, les quatre lettres. Qu’effacer, que réécrire ? Si j’efface, je me perds ou je suis libre ? Mes créateurices m’ont-iels donné une essence, une forme unique ou pourrait-on toustes s’interchanger ? Si l’eau fait partir la glaise reste-t-il une structure, un squelette… ou rien ?