Un essai sous forme de dialogue écrit par un.e de nos adhérent.e, Rainbow White. Merci à ellui !

 

– Tu crois que c’est grave de ne pas être heureuxe ?

– Ben, c’est triste un peu non ? Je veux dire, le bonheur, c’est la seule chose que tout le monde veut. Un des rares trucs sur lesquels toute l’humanité est d’accord. Tout le monde le cherche ; l’atteindre… c’est comme le but de notre existence.

– Mais alors tu crois qu’on peut être triste en étant heureuxe ?

– Je sais pas. J’imagine qu’on ressentira toujours des moments tristes oui, on peut pas être heureuxe H24.

– Être heureuxe, ce serait pas accepter les moments qui arrivent, les ressentis, sans se demander si on est heureuxe ou pas ? Ce serait pas accepter de ressentir ? Sans conséquence ?

– Peut-être.

– Moi j’ai l’impression que je suis heureuxe et pourtant je suis tout le temps triste. Je me sens mal. Je pleures. De l’extérieur on dirait pas que je suis heureuxe.

– Pourquoi tu dis que tu l’es alors ? Ca doit être horrible de toujours se sentir mal comme ça.

– Oui, c’est horrible, mais c’est ressentir. Et je pense que j’ai accepté de ressentir. Et que ce n’est pas quelque chose de mal. Même si ça fait mal. Et des fois j’ai envie de mourir parce que ça fait trop mal ; mais c’est ce genre d’envies où t’as une blessure tellement grande que tu veux qu’on t’achève, mais en vrai, si on t’achève pas, ben la blessure se referme.

– C’est quand même un peu glauque. C’est comme le “si tu souffres c’est que tu es en vie”. Faut pas souffrir pour être digne d’être en vie. C’est con.

– Non, je suis d’accord, c’est cool de pas souffrir. Ya des gens iels souffrent pas, ou moins, ou différemment, et iels sont heureuxes et c’est bien. Mais quand tu souffres de toute façon, il vaut mieux accepter ce sentiment plutôt que de chercher à le repousser à tout prix. Même si ça fait mal et des fois ça fait trop mal.

– Je sais pas. Je crois qu’on nous a appris que pleurer ben, c’était quand il y avait des choses graves. Alors quand tu pleures, c’est qu’il y a forcément quelque chose de grave, c’est pas bien, on s’inquiète.

– Et c’est possible que ce soit ça. Mais c’est aussi possible que ce soit plein d’autres choses. Et je pense qu’il faut arrêter de repousser la tristesse. Le malheur. La frustration. La colère. Tous ces sentiments “négatifs”. Ils sont beaux. Moi, je les subis tout le temps, mais je suis heureuxe. Et le fait que je sois heureuxe ne diminue en rien ma souffrance.