Notre adhérente Rainbow White nous a fait parvenir un de ses textes pour aujourd’hui !

 

Ils ont construit une forteresse.

Grande, solide. Des murs gigantesques, inatteignables.

A chaque fois qu’une faille était trouvée ; une infime fissure dans le mur, la terre, le ciel ; ils la rebouchaient aussitôt et construisaient un autre mur, plus épais encore.

Il n’ont pas construit de toit ; parce qu’un toit ça fait peur. Ça enferme. Ça empêche de voir le ciel ; d’atteindre le ciel. Parce que comme ça, ils peuvent dire qu’ils le voient et qu’ils sont libres.

Seulement des murs. Quatre, au départ, puis plus, à chaque faille, jusqu’à ce que tous les murs soient doublés d’un second mur, plus épais encore.

Ils ne peuvent pas grimper aux murs ; ils sont lisses, parce qu’ils n’ont plus de failles.

En haut, il n’y a pas de toit ; parce qu’un toit ça fait peur ; alors ils ont mis des barbelés

des fils électriques

des morceaux de verre

des caméras et des alarmes

pour assurer une protection optimale.

Ils ont construit des murs et lorsqu’une faille est trouvée, elle est toujours rebouchée.

Nous avons construit une forteresse. Quatre murs, au départ, puis des meubles, une mezzanine, un jardin. Des fenêtres, un peu d’herbe.

Nos murs ne s’effritent pas ; personne n’essaye de les détruire car nous pouvons les traverser.

Nous avons construit un toit ; pour se réfugier, en temps de guerre, lorsque nous sommes fatigués d’avoir essayé d’élargir une fissure de leur forteresse. Il ne nous fait pas peur, parce que nous savons que notre porte est toujours ouverte.

Notre forteresse n’enferme personne.

Elle est là.

Petite, insignifiante, mais bien là. Lorsque le vent souffle trop fort, lorsque les bruits de leurs travaux ne sont plus supportables. La porte est ouverte.