La sensation est flottante. Imminente. Inaccessible. Elle traverse et illumine. Flashe des contours et des parois. Je suis une lampe torche. La matière existe autour de moi. Me surplombe. Me pressure. Un vague sentiment inexplicable me mène à sa conscience. Ni de la vue, ni du toucher, ni le ressenti de la réverbération du silence, autre chose qui est là, quasiment inatteignable et entièrement inconcevable. Puis un faisceau de moi s’éclaire. Il se pose. Glisse. Il est découpé. Fragmentaire. Je ne peux sentir qu’un infime morceau du tout. Je ne le perçois pas. Pas global. Un morceau. L’esprit ne peut compléter, saisir l’ensemble. Je me déplace et deux ans plus tard éclaire le point. L’angle a changé. Tout a changé. Je ne peux pas savoir que l’objet est le même. Il n’est pas le même. Pas pour moi. Allumez tout, baladez les mains sur le contour, comprends qu’il n’y a qu’un ensemble. Mais mon faisceau circulaire m’empêche de voir l’un. Tout point sera unique, différent, jamais en globalité. Du recul mène à encore autre chose. S’approcher et un détail. Faire le tour éperdu, je ne verrai même plus que la colonne est la même ou une copie à trois mille mètres de là. Le vertige est semblable et aucun repère n’existe. De la réflexion ferait peut-être comprendre que tout est unique mais même le tremblement des mains change chaque instant en une miette irreconstructible. L’assemblage ne se fait pas, il manque des bouts et du mastic. Manquera toujours même en augmentant la puissance. Aveugle dans le noir rien n’est à ma portée, l’écho vient de partout ou ailleurs, des milles infranchissables par mes bras. Écrasé par le grand je suis perdu d’où je suis et ne retrouvera jamais aucun chemin.

Texte de Morgann Doria