Un texte aujourd’hui de notre adhérent Victor Genieys. N’hésitez pas à commenter, partager, donner votre avis :) Et si vous avez aimé, pensez à soutenir son livre La Mortitude de la Vie (https://www.amazon.fr/mortitude-vie-Victor-Genieys-ebook/dp/B01HV7E9BK)

 

Jo est prisonnier. Enfermé dans une société. Quand on voit Jo dans la rue, on voit un autre, un inconnu. La société le voit comme un agent, tour à tour travailleur, charge, produit, client, utilisateur, il est une donnée, une statistique. Mais aux yeux de qui, Jo est-il Jo ?

Ceux qui l’ont rencontré y voient un rôle, Jo le collègue, Jo le rigolo, Jo le voisin, le mari, la femme, le vendeur, celui qui a mis trois heures à payer à la caisse, Jo, l’ami qu’on connait mieux que personne.

Peut-être que le seul individu qui voit Jo tel qu’il est vraiment, c’est Jo lui-même. Il voit ses mains, régulièrement ses jambes, parfois son corps, mais il n’a jamais vu son visage. Il le connait, il le voit en reflet, en image, mais, Jo, es-tu un reflet ? Non Jo, tu es toi, tu es un individu et pas une image.

Jo est prisonnier, enfermé dans un corps. Le hublot que représentent ses yeux est déjà une bénédiction pour voir une infime partie du monde qui l’entoure. Cette cage qu’est la peau est une heureuse barrière qui lui laisse l’occasion de percevoir des sensations, mais Jo n’existe qu’en tant que corps, personne n’entend la conscience de Jo, ne voit ses émotions, et quand son corps ne sera plus, alors Jo disparaîtra.

Jo est prisonnier des autres, ne le regardez pas et il n’existe pas, bouchez vous les oreilles et il n’a plus de voix, arrêtez de lire ce texte et devenez son bourreau. Jo n’existe qu’à travers les autres, il le sait, il a envie d’exister, c’est pour ça qu’on lui a dit de bien travailler, de faire de grandes études pour réussir, ou en tout cas pour réussir une vie qui ne serait pas la sienne.

Parfois Jo a besoin d’être seul, qu’on ne le voit pas, qu’on ne l’entende pas, qu’il n’existe pas. C’est moments là sont ceux qu’il ne veut pas montrer aux autres, ceux où il fait des choses dont il a honte, ceux où il est triste, ceux où il se demande s’il est Jo ou juste un reflet. Mais comme ces moments n’existent pas pour les autres, Jo est un modèle, il est heureux, c’est pas un autre Jo qui va le plaindre.

Jo est prisonnier, enfermé dans le temps, il n’aime pas un moment, voudrait passer au suivant, en revivre un plaisant, mais les secondes sont les mêmes pour tout le monde, plus important, elles sont uniques. Il est une aiguille dans une horloge qui fait sa ronde jours après jours, tout le temps les mêmes heures, jamais les mêmes instants.

Jo est prisonnier, enfermé dans des atomes, dans une séquence d’ADN, dans des chiffres en base 10, dans un alphabet à 26 caractères, dans des mots avec un sens et un ordre. Il vit entre quatre murs dans un monde en dollars, entouré d’étoiles et d’écrans, d’éphémère clinquant. Coincé sur un continent à la dérive porté par une foule opaque, il sait bien qu’il tient à sa prison, que sans elle il ne serait rien, et qu’il redoute le jour où il en sortira.

Jo est enfermé dans son nom, dans la liberté qu’il ne veut pas atteindre, Jo n’aime pas qu’on lui rappelle qu’il est Jo.