Voici la suite de l’histoire des sept légendes d’Emeline notre présidente, si vous n’avez pas lu le début, voici le prologue et le premier chapitre, bonne lecture !

Le temps passait et soit dit en passant je me lassais. Combien d’heures, de jours, de semaines, de mois on m’avaient enfermé ? Je ne le savais pas. Et si les quelques premiers temps purent être comptés grâce au soleil j’en perdis vite le décompte. J’avais… FAIM ! Ce fut la première chose qui me sortit de ma surveillance bête et méchante des rayons du soleil.

« Non : pas maintenant. Après. »

Est-ce que je devais… non. Je refusais de me nourrir ainsi. Je… on allait quand même pas me laisser mourir de faim ici ? Si ? Attendre, c’était la clé. De quoi ? De la mort ? Ou je l’étais déjà ? Ah ! Trop de questions traversent un esprit affamé et je détestais cela. Je devais bouger, mais où ?

« Pas par là. Revient. »

N’importe où serait mieux qu’ici après tout. Trouver la sortie, à manger. Et manger la sortie s’il le faut ! Manger… manger… sortir oui ! La fenêtre ? Ba oui. Ok. Sortir. Et attendre la nuit pour commencer.

« Attend… là… encore un peu… voilà ! »

Ça y est ! Voilà… que les volets sont fermés de l’extérieur… Ah ! C’était un brin rageant d’avoir été devancé ainsi. Mais qu’attendait-il de moi ? Il voulait me tester ? Alors pourquoi ne pas m’avoir laissé sortir jusqu’au bout pour voir si j’allais vraiment le faire ? Il voulait m’enfermer ? Pourquoi ne pas avoir fermé les volets directement alors ? Il voulait m’affamer ? Ahhhh ! Que j’avais faim ! S’en devenait douleur…

Manger ! Une pensée tournée vers cette idée et c’était foutu : je ne pouvais penser plus qu’à ça. Il ne m’avait pas enlevé pour me laisser crever seul, dans mon coin. Alors il devait avoir laissé à manger quelque part. Et rien que l’idée de mourir ainsi me terrifiait d’ailleurs… Je devais en trouver !

Ou ça ? Ou ! Pas dans les canapés ni dans les fauteuils, pas sous la moquette, pas derrière la tapisserie pas derrière les tableaux. LE meuble ?

« Vraiment ? Tu pense pouvoir le faire ? »

Non. Il devait y en avoir autre part. Impossible. Je ne devais pas me rapprocher de ce truc. Trop tard : j’avais déjà la main dedans. Et en sortit une petite fiole remplie d’un liquide rouge sang. Rouge sang sans impureté. Rouge parfait. Rouge de vie, rouge de volupté. Rouge… j’aime le rouge. Mes lèvres aiment le rouge… ma gorge aussi… mon corps aussi.

J’avais craqué merde ! C’était quoi cette impression ? C’était trop fort. Je pouvais pas lutter. J’en avais besoin. Comme un bond camé je devais prendre ma dose de sang… Alors autant arrêter de lutter ! J’en avais assez : j’étais épuisé. Santé !

« Reprend. N’ai pas peur : je suis là. »

Quinze grosses fioles plus tard -bon sens j’avais tellement honte du chiffre- j’étais enfin calmé. Mieux encore, je me sentais bien, dans mon corps du moins. Mentalement ce que je venais de faire me répugnais… C’était du sang bon sens ! Et j’aimais ça en plus. Mais bon la fin justifie les moyens. Et j’étais enfin de nouveau sur pieds avec ça. Alors soit.

J’étais bien. Je me sentais plus solide et plus puissant. C’était le moment : je devais sortir d’ici bon sens ! Je pouvais vraiment le faire ? Casser les volets ? Ça se tentait. Un pas, un autre. J’hésitais un peu plus à chaque avancée. C’était vraiment la bonne chose à faire ? Je pouvais le faire ? Aucune idée, et il fallait remédier à ça.

« Un pas solide, bien campée sur tes appuis. Vas y ! »

J’étais devant la fenêtre. Le l’ouvrais. Je for… ça lâchait ?! J’avais à peine insisté… Il fallait croire que j’étais devenu plus fort que je ne le pensais… Le bois tombé m’ouvrait la vue sur une grand plaine. Au bout il y avait quelques arbres. Une forêt ? Je sais : ce n’étais pas une bonne idée. Mais je devais tenter. Un bond et j’étais dehors. Sans effort je courrais plus vite que je n’avais jamais courus. C’était tellement bien. Un instant j’oubliais le danger et je kiffait juste la vitesse. Rien ne pouvais m’arrêter là : c’était certain. J’étais comme l’impératrice ou mieux : la papesse.

« Attention tu va tomber ! »

Par terre. Quoi ? J’avais mal aussi ? Comment ? Tout c’était passé si vite que j’avais l’impression d’avoir fait un bond dans le temps. Un instant découpé d’un autre me faisait face. Une face. Un visage déformé et avide. Rien que par son regard écarquillé et peu scrupuleux, il me frappait. Rien que de par sa respiration rauque et animale, il me violait. Ah ! Dégoutté, je le repoussais d’un coup. Coup remarquablement puissant qui le fit décoller du sol. Reculant d’un mouvement désordonné et gauche, je cherchais à comprendre. Qui ? Quoi ? Que se passait-il ? La pénombre m’encerclait, et dedans se nichait une poignée de silhouettes menaçantes. Qui ? Pourquoi moi ?

« L’infant de sir Théobaldre. Il choisit bien, mais n’en prend pas assez soin dommage… »

Sa voix serpentine et froide me saisissait d’une terrifiante terreur. Son étaux se resserrait sur ma gorge comme des crocs aiguisés… Ma gorge ! Par réflexe je portais ma main dessus et me laissais tomber, moi qui n’étais pas relevé. Merde ! Je reculais quand même à ras le sol. J’aurais aimé pouvoir m’enterrer. Ils avançaient, et se rapprochaient. Ils avançaient, et rien ne les arrêtait. Ils avançaient, et je reculais mais pas assez. Ils…

« Arrêtez !!! »

Ils av…aient obéit ? Stupéfait, j’arrêtais de reculer. Je me relevais tandis qu’eux pestaient. Ils m’appelaient… prince ? Et bien si j’étais leur seigneur, ils allaient parler. Trêve de faux semblants : il était tant d’en apprendre plus sur ces gens.

« Qui suis-je ? »

Ils pestaient. Chien, vilenie qui n’avait que trop durée.

« Silence et répondez ! »

Ils se turent et allaient répondre pour sûr. Je le savais sans savoir, comme un avoir oublié d’un savoir faire passé. Prince.

« Qui suis-je ?

-Vous êtes le Prince Vampire, second né ainsi.

-Que veut dire ce titre ?

-Que vous êtes une légende. »

Légende de quoi ? De qui ? Au fil des civilisations bien des mythes se basaient sur du vent et j’étais assez intelligent pour relativiser. Mais certain étaient vrais et je tenais à m’assurer de cela. Une légende, si je n’en étais pas déjà j’aimerais en devenir une : ces chiens méritaient un retour de bâton légendaire pour avoir osé faire ça.

« Qu’est ce que ça veut dire ? »

Ils hésitaient.

« Répondez !! 

-Que vous êtes l’une des sept légendes, l’un des sept vampire dans l’histoire libéré de l’emprise du destin. »

Ils répondaient tour à tour, un peu tous. Je les tenaient : ils étaient à moi.

« Qui tient le destin ? Qui le dirige ?

-On les appelle…

-Ça suffit ! »

Derrière moi, un demi tour plus tard je le vis. Théobaldre. Pourquoi ! Ah !

« Théophile, tu ne les a pas reconnu ? La Lune de Sang n’est la que pour te nuire : tue les. »

Tue…les ? Ces simples mots résonnèrent dans ma tête dans un écho démesurément grand. Tu…er ? Un regard sur les victimes. Des chiens peureux et apeurés. Ils ne bougeaient pas, ils ne parlaient pas.

« Êtes vous bien de La Lune de Sang ?

-Oui. »

Ils répondaient. Ils ne voulaient pas, mais il le faisaient. Chaque son arraché à leur gorge était comme un poignard planté dans leur corps. Ils avaient mal. Qu’est ce que… Qu’est ce que j’avais fais ? C’était moi qui avait fait ça ?! Je… non !

« Tue les ! Qu’est ce que tu attend ?!

-Non…non… »

Et une tête tombait. Quoi ? Théobaldre était déjà sur lui et l’avait décapité. QUOI ?!

« Fuyez ! »

Ils disparurent dans la nuit aussi vite que possible. Théobaldre les suivaient.

« Fuyez…fuyez…fuyez…fuyez… FUYEZ !!! »

« Souffle un peu et assis-toi, calme… »

A genoux, mes genoux à même le gazon. Gorge noué et sellée à jamais. Mes mots avaient un poids. C’était moi qui avait fait tout ça. J’ai…tué ? Les larmes sur mes doigts prenait une teinte vermillon. C’était moi. Une légende de meurtrier. Un boucher. Et ma langue s’abattait sur la viande comme la hache d’un bourreau.

Un Prince…