Aujourd’hui un texte écrit par Gaëtan Jacquemin, n’hésitez pas à laisser votre avis et partager autour de vous !

 

Mormolyceae. Mon nom est Mormolycae. Un affreux monstre croupit dans ma cave. J’étais noble et somptueuse : des boucles longues et blondes, les cheveux gris, sales et filasses, un visage clair au teint frais, une face brune pleine de pustules, de grands yeux bleus, le regard jaune et bilieux, de petits quenottes blanches, des crocs à la fois effilées et putréfiées, des mains délicates, des serres fines et élancées, rattachées à des bras maigres et cagneux, eux-même reliés à un buste grand et gras, plein de replis adipeux dans lesquels s’agitent une large faune larvesque. Je vis à présent dans la boue.

J’attends. Elle m’attends à chaque descente, cachée en deçà du ténébreux escalier, dissimulée dans les ombres d’un angle, caressant de ses longues griffes mes petits pieds, prête à chaque instant à se saisir de mes frêles gambettes et à me faire disparaître à jamais dans le caveau de la demeure, un humble sacrifice de plus à sa sanglante appétence. J’attends. J’ai peur. Je ne sais plus quoi faire. J’attends.

Elle n’a pas toujours été là. Je ne suis pas la première. Pourtant je ne me souviens pas d’une seule nuit sans sa présence infecte. D’autres sont tombées avant moi. Elle rôde dans les sous-sols crasseux. Perséphone et Proserpine, Eurydice, même Cléopâtre. Elle guette tapie dans ma cave. Hideuses, nous nous cachons dans les ombres. Vindicatrices, nous répandons miasmes et pestes sur les mortels incroyants. J’ai si peur. Et affamées, nous dévorons la progéniture des vivants.

Mes proches réfutent, ils seront punis, ils pensent que je ne dis que des salades, blasphémateurs, que je ment. Pauvres fous ! Mais je sais que c’est vrai, que ce n’est pas une fantaisie, que ce n’est pas un fantasme libéré de mes cauchemars. Je sais que la descente suivante sera sans doute ma dernière. Aussi, je m’arme de vaillance et d’audace, et je pénètre l’antre funeste armé de ma petite chandelle, prête à y braver l’éternité. Bienvenu.

Mon repas arrive enfin. Voilà trop de nuits que je m’abstiens. Ce soir, je ferais bombance. Peut-être en ferais-je ma pupille ? Mon petit ange à moi ? La solitude me pèsera moins. Trop de temps à passé depuis que j’ai partagé mon sein. Nous échangerons notre ichor. Je lui prendrais son essence carmine et la remplacerais par le marasme noirâtre qui me sert de sang. Oui, je ne serais plus seule à présent. J’attends.