J’ai découvert les web-séries en 2009-2010. C’était, comme pour beaucoup , avec le Visiteur du Futur de Frenchnerd. S’ensuivirent les visionnages de la Flander’s Company des Guardians et de Noob d’Olydri Studio.

Je n’ai pas été sidéré par une performance artistique, estomaqué par un jeu supérieur, subjugué par un scénario haletant ou frappé par une image et une réalisation hors-norme. Ces web-séries, comme beaucoup d’autres, avaient des qualités et beaucoup de défauts. Ce qui m’a immédiatement séduit, c’est cette possibilité d’accéder à un public avec trois ami(e)s, une caméra un peu pourrie et quelques idées.

Ceux qui me connaissent savent que j’ai beaucoup de choses à reprocher à l’industrie culturelle et au premier chef desquelles le fait qu’elle soit une industrie. Ceux qui me connaissent savent aussi que je suis fondamentalement internetophile. Non pas que les médias des Internets soient irréprochable, mais simplement tout ou presque peut être sur Internet et tout ou presque peut y être trouvé, à condition de s’en donner les moyens.

Aussi, avec la découverte de ce format, simple et évident, je me suis tout de suite imaginé qu’il allait prendre de l’ampleur, amener vers de nouveaux modèles économiques. Qu’une production d’amateurs faites avec peu de moyen et beaucoup de simplicité pouvait amener à lever des fonds, rémunérer les créateurs et les créatrices, aller vers plus d’ambitions et de moyens.

Et nous y sommes !

En France, plusieurs web-séries ont éprouvé différents modèles économiques : auprès de studios comme Frenchnerd (Le Visiteur du Futur, les Opérateurs, J’ai jamais su dire non…) ou en surfant sur l’économie du don et les appels à leurs fans comme Olydri Studio (Noob, Warp zone project…). Aujourd’hui, le média a prouvé son sérieux, plusieurs studios liées aux télévisions se sont mis à produire des web-séries : France télévision nouvelles écritures, Endemol Beyond, Arte…

A coté de ces fonctionnements, qui s’approchent au final de ceux de la télévision, l’économie du don, via l’engouement pour de nombreux/ses vidéastes et des plate-formes comme Ulule ou Tipee, permet de plus en plus d’imaginer une production artistique indépendante, dans un rapport direct des artistes avec leur public.

Oui, la web-série n’a pas tout réussi, bien sûr. Les productions se limitent encore trop souvent à la comédie, convaincues que c’est le plus adapté au web. Le jeu d’acteur est parfois mis de coté. Les libertés artistiques pourraient permettre d’aller plus loin, d’aller chercher plus de concepts, de regarder (comme certains l’ont fait) quelles interactivités et nouvelles façons de faire pourraient exister sur les internets.

C’est aussi à nous, public, d’en demander de plus en plus. Une web-série débutante doit toujours être vue avec bienveillance, elle est souvent un premier travail d’une équipe d’artistes encore en formation. Mais aujourd’hui, il faut arrêter de considérer le média comme un repaire d’amateurs mal dégrossis. De plus en plus de choses se montent avec des moyens et une volonté artistique, nous devons avoir avec eux l’exigence que nous réservons au cinéma et aux autres formats.

C’est dans cet objectif que nous avons créé ce festival. Il y a des équipes dont c’est le premier travail, d’autres dont c’est le métier. Il y’en a qui tournent en amateur pour partager leur passion, d’autres qui espèrent y trouver un tremplin pour travailler dans l’audiovisuel. Il y’a des choses que j’aime et d’autres moins. Mais il y a surtout un formidable réservoir de créativités qui a le droit de s’exprimer dans les meilleures conditions, une grande quantité de travail qui mérite d’être connue.

Je suis très fier de participer avec mes moyens à cette nouvelle économie de l’art qui se construit et que je souhaite meilleure que la précédente. Je suis fier que nous ayons pu mobiliser de nombreux partenaires autour de ce sujet, d’avoir pu en parler aux institutions. Je suis fier que Dailymotion et Olydri Studio soutienne ces jeunes créateurs et créatrices. Je suis, simplement, fier de vous présenter ce festival.

En vous souhaitant de belles découvertes.

 

Bastien Charrié écrit et met en scène pour le théâtre. Comme il aime s’écouter parler et se regarder lire, parfois il écrit d’autres choses.